Dans l'imaginatif collectif, gladiature est souvent synonyme de boucherie...
De tuerie, de l'un ou de l'autre des combattants, par une mise à mort violente après une passe d'armes sanguinolente. De combats sans autre règle que celle de tuer l'autre... il n'en était rien.
Le combat, on le sait de source sûre par divers écrits et plusieurs représentations iconographiques qui nous sont parvenues, était arbitré par un, voire deux arbitres, appelés suma rudis et secunda rudis, en référence au bâton dont le premier arbitre était muni. On pense que le secunda rudis, dépourvu de bâton, servait uniquement d'adjoint à l'arbitre principal, soit pour l'aider à compter les touches, soit pour séparer les combattants.
Ces arbitres étaient des hommes libres, voire des citoyens romains. Indispensables et respectés, ils suivaient de près le combat et avaient un pouvoir de décision quant à la question de sa finalité.
En effet, le rôle de l'arbitre était primordial :
En effet, le but d'un gladiateur n'était absolument pas de tuer son rival : cela lui était même rigoureusement interdit. Seul l'Editeur des Jeux et le peuple avait droit de décision sur le sort du vaincu, cela n'aurait plus eu aucun intérêt si celui-ci était déjà mort ! L'arbitre devait donc veiller à séparer les combattants à la moindre touche de l'un sur l'autre : il hurlait " Intermitte !" ( "Stop!" ), les séparait, au besoin de force, et les gladiateurs se repositionnaient face à face. Si l'un d'entre eux tombait, que ce soit pour signifier son abandon, par accident ou sous les coups de son rival, il devait empêcher l'autre de continuer à le frapper à terre. Pour cela, il n'hésitait pas à jouer de son bâton afin de séparer les combattants, les frappant sans ménagement.
L'arbitre décidait également de ce qu'il advenait dans le cas où un gladiateur venait à perdre, par une passe technique de son adversaire, une partie de son équipement. A savoir, il pouvait décider de le lui rendre ( exemple : si un gladiateur chute par accident et perd son poignard dans sa chute ) ou le lui confisquer s'il estimait que cela était mérité, comme sur ce bas-relief nous étant parvenu ( Bas-relief d'Ephèse ) :
Le Secutor, au centre, a perdu son bouclier face au rétiaire de droite, peut-être parce que ce dernier a réussi à le lui crocheter à l'aide de son trident. L'arbitre, sur la gauche, est très nettement représenté en train d'écarter le bouclier perdu, et défend au Secutor de le reprendre en lui intimant d'une poussée de son bâton dans le dos de retourner au combat sans.
Il convient d'être prudent face à cette interprétation, une autre hypothèse pouvant être possible : il pourrait en effet s'agir d'une scène d'entraînement, où le personnage de gauche n'est pas un arbitre mais un doctor, qui entraînerait le Secutor à combattre sans bouclier face au Rétiaire. Ceci dans le but soit de travailler sa défense en cas de perte de bouclier dans l'arène, soit dans l'optique de le faire évoluer en Scissor ( qui n'a pas de bouclier ). Cette hypothèse pourrait être la bonne étant donné que ce qui est étrange sur cette image, c'est que le Secutor porte sa protection de bras au bras gauche, et tient pourtant l'arme à droite. Ce n'est pas logique : soit il est gaucher ( et dans ce cas l'arme serait dans la main gauche ) soit il est droitier ( et dans ce cas il porterait sa manica à droite ).

Enfin, l'arbitre avait son mot à dire concernant la décision finale du combat, puisqu'il l'a vu de près. C'est lui qui donne son opinion en premier, et le public se rallie souvent à son avis. S'il a vu deux combattants hors pair se battre bravement, il proposera le Stantes missi, la grâce accordée aux deux gladiateurs.
Certains arbitres étaient reconnus dans tout l'Empire romain pour leurs compétences en la matière, et leur présence était attendue par le public lors de Munus au même titre que les combattants !
Vous trouverez une explication d'un combat de A à Z en cliquant ici.
Il arrivait toutefois qu'un arbitre doive véritablement user de la force physique envers un gladiateur, cela a été répertorié sur quelques reliques qui nous sont parvenues. Bien qu'il ne s'agisse jamais ( du moins sur aucun vestige nous soyant parvenu ) de violence physique du gladiateur envers l'arbitre lui-même, certains eurent apparemment du mal à se faire respecter face à des combattants pris dans le feu de l'action, ou n'ayant tout simplement pas l'intention d'obéir.

Sur cette image par exemple ( dessin d'après les bas reliefs du tombeau de Scaurus à Pompéi ), l'arbitre, représenté en tunique à gauche, doit clairement retenir le bras du Mirmillon vainqueur, apparemment trop empressé de tuer son rival, le Thrace de droite qui demande sa grâce en levant la main gauche. Il n'appartient pas, en effet, au gladiateur vainqueur de décider du sort du perdant.
Plus parlant encore est cette image ( détail d'une mosaïque de la villa de Zlyten en Lybie ) :
L'arbitre doit littéralement retenir de toutes ses forces, usant de ses deux bras ( ayant lâché son bâton pour cela ) l'eques vainqueur, qui est parti pour achever son rival à terre sans attendre le verdict de la foule et de l'editor. L'arbitre a tourné son regard vers la gauche et semble appeler du renfort, probablement son adjoint, le secunda rudis, afin de calmer les ardeurs du vainqueur.
Un souci avec un terme du vocabulaire ? n'hésitez pas à en chercher la signification dans le Lexique.
1. 20/01/2012
Très interessant ce sujet, mais est-ce qu'il y a un sujet sur l'évolution des règles de la gladiature sur ce site svp?